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vendredi 25 janvier 2008

danger...

La biologie totale est présentée par ses zélateurs comme une « médecine nouvelle », une méthode à vocation thérapeutique censée expliquer « le processus de formation des maladies ».

Esprit frappeur ?

Elle repose sur la spéculation que toutes les affections sont des manifestations physiques – biologiques – de conflits psychiques : le cerveau, menacé par un « surstress », se mettrait off pour assurer sa survie et enverrait un message au soma qui prendrait le relais. Selon cette hypothèse, le concept de mal incurable deviendrait dès lors obsolète, il n’y aurait en fait que des malades inaptes à utiliser leur potentiel de guérison naturel, à savoir : traquer et résoudre le trouble psy, opération qui annulerait ipso facto l’ordre donné au corps par le cerveau.

D’entrée de jeu, il est important de préciser que rien de tout ce qui précède n’a le fondement scientifique annoncé par les initiateurs de cette démarche et que les pratiques à visée thérapeutique qui y sont corrélées ne se fondent que sur des affirmations vides, mais non réfutables parce que non vérifiables, qualité qui fait la force de toutes les superstitions et croyances, même les plus délétères.

Flou sur les pratiques

Pratiquement, la thérapie proposée comporte deux étapes principales. La première est supposée « décoder biologiquement la maladie » à l’aide d’une grille interprétative. On ne sait pas précisément de quoi est composée cette grille mais certains sites donnent des exemples. Ainsi, des douleurs au pied seraient signes d’un conflit entre « la direction et le mouvement » pris par l’individu « qui ne sait plus sur quel pied danser ». Les jambes représentent sa « capacité à avancer dans la vie ». Une hanche douloureuse montrerait une « certaine inflexibilité ». Un cancer de la vessie serait affaire de marquage de territoire. Et cætera… et cætera…

Des « questions pertinentes » sont posées au patient pour essayer d’établir l’histoire de son mal. Afin de mener à bien son « travail de détective », c’est-à-dire tenter de définir quand les symptômes ont été ressentis pour la première fois, de trouver quel « symbole » a généré le trouble, la personne (désignée dans la suite par « BT ») ayant suivi les week-ends de formation en « biologie totale » va, le cas échéant, faire appel à l’hypnose ou à des outils carrément spécieux.

Le patient, pour avoir, éventuellement et entre autres, fait des recherches généalogiques – car le problème peut provenir d’un ancêtre jusqu’à la quatrième génération selon certains BT – est censé découvrir d’où viennent ses symptômes. Ainsi, par exemple, une myopathie trouverait son origine dans le « surstress » d’un ancêtre immobilisé dans une tranchée pendant la Grande Guerre…

Une fois que le « bon événement » a été isolé, la guérison est amorcée, dit la doctrine. Comment savoir quel est le « bon événement » ? Eh bien, il paraît que le malade en a l’intime certitude et, en outre, qu’il a l’« absolue conviction » d’être sur la bonne voie. Cependant, il est précisé qu’il faut encore déterminer quels actes vont être décisifs pour y parvenir : cela exige évidemment l’aide du BT, cela peut durer longtemps et cela peut même rater.

Lorsque le « processus de résolution » est lancé, débute la deuxième partie appelée « phase de rétablissement ». Pendant cette étape, la théorie annonce que des symptômes désagréables peuvent se manifester ; elle avertit en outre que « dans certains cas, la phase de réparation peut s’avérer encore plus dangereuse que la phase de maladie »

À ce stade encore, diverses questions restent en suspens. Comment les symptômes vont-ils disparaître ? De quoi est fait « l’accompagnement professionnel parfois assez long » pas toujours couronné de succès et susceptible de rechutes si on ne se garde pas « en forme » ? Comment comprendre « professionnel » et « se garder en forme » ? Parle-t-on de ces BT formés en quelques stages et séminaires sans aucune base médicale ou psychologique ? Ou bien, une fois établie la source du problème, le BT envoie-t-il son client chez un médecin ? Pour diminuer les risques de rechute et rester en forme, faut-il fidéliser les visites et en ce cas, pendant combien de temps ? Selon la littérature disponible sur le web, on s’aperçoit qu’en cas de récidive dans les « cinq ans et demi » – c’est précis – cela signifie que le problème n’a pas été résolu et que, « donc », la maladie intervient à nouveau pour soulager le « conflit psychologique ».

Rites et risques

Une jeune femme ayant consulté un BT pour un problème dermatologique confie son expérience. Interrogée à propos de la phase dite « de réparation », elle répète les instructions reçues : après avoir trouvé l’origine du mal, le patient doit l’écrire (ah, les vertus cathartiques de l’écriture !), puis déchirer menu la feuille chargée désormais de toutes les misères (autrefois c’était un bouc qui portait tous les maux) et enterrer les morceaux (le bouc, lui, était chassé dans le désert). S’il n’a pas de jardin, une plante d’appartement fera l’affaire… Mais, a-t-elle ajouté, elle-même n’a pas dû aller jusque là. La seule évocation de l’origine de son problème de peau aurait enclenché le processus de guérison qui, selon ses dires, fut spectaculaire. Le décodage dans ce cas était le suivant : l’individu peu amène qui lui empoisonne la vie au quotidien serait l’hôte indésirable, en chair et en os, responsable du « surstress » et donc, in fine, de la mycose de la dame.

Il faut quand même préciser ici que ce genre d’affection demande souvent un traitement médical relativement long, qu’en l’occurrence celui-ci était en cours depuis plusieurs semaines et que le BT consulté avait bien recommandé de ne pas l’interrompre.

Mais tous les témoignages ne prêtent pas à sourire, comme celui-ci. Des cas dramatiques ont été relatés et, notamment, dans un article – édifiant et alarmant – de Pascale Gruber, in Le Vif-L’Express du 27 juin 2003. Comme celui de cette femme atteinte d’un cancer du sein qui, sur les conseils d’un généraliste homéopathe BT, a refusé tout traitement classique. Pendant des mois, la patiente a rendu visite à son BT – une ou plusieurs fois par semaine – jusqu’à ce qu’elle soit alarmée par l’apparition de symptômes plus menaçants. À ce moment seulement, le BT lui a conseillé de se faire contrôler. Ou encore, celui d’une petite fille soustraite à la chimiothérapie prescrite pour combattre une tumeur rénale. Ces deux personnes, rattrapées par la médecine seraient à ce jour hors de danger. Mais il y a aussi le triste cas d’une mère de famille belge, décédée d’un cancer. Sur les conseils du BT, elle avait arrêté son traitement. Une plainte a été introduite. Il y en a d’autres. À noter que, selon l’AFP, la première plainte contre Hamer a été déposée en 1996 : une autre femme, était décédée pour avoir suivi les conseils du guérisseur.

Charabiadabra

En effet, les BT ne se contentent pas de soigner des bobos. Leurs ambitions vont plus loin et visent les personnes les plus désemparées parce qu’atteintes de grandes maladies comme le sida, le cancer, la sclérose en plaques… Cette dernière, par exemple, vue avec la lorgnette du BT, serait la manifestation d’un conflit intégrant dévalorisation et déplacement…

Comme pour toutes les magies, plus le discours est obscur, sibyllin, hermétique, plus il paraît sérieux aux yeux de certains. Les BT usent d’ailleurs d’un charabia pseudo-scientifique creux mais qui peut impressionner les natures crédules et déstabilisées.

En plus d’un jargon abstrus, les BT utilisent également des outils à prétentions thérapeutiques, dont la psychogénéalogie, qui va par exemple expliquer vos maux de gorge par le fait qu’un de vos ancêtres a péri sur la guillotine ( !), ou la kinésiologie, ou encore les tarots qui vous permettront de « voir l’avenir déjà contenu dans le présent »…

Arnaque intellectuelle, morale et financière

Vous souriez ? Vous trouvez tout ceci un peu léger ? Et pourtant, la biologie totale est dangereuse à bien des égards.

Dangereuse d’abord, parce qu’il y manipulation. La personne qui vient consulter un BT montre déjà, de par cette démarche, sa propension à la crédulité, son découragement, son désespoir peut-être devant un mal difficile, voire impossible, à guérir. Profitant de cette situation, le BT – qu’il fasse partie des imposteurs cyniques ou des gogos de première main – vient encore accroître cet état de faiblesse et de fragilité, en faisant croire au patient qu’il est seul responsable (avec ou sans ancêtre) de sa maladie et de sa guérison (ce qui ne doit pas arranger son « surstress » !). En lui faisant gober ensuite que lui, BT, détient le savoir qui permet de guérir, il installe une dépendance dont le malade n’est pas prêt de sortir.

C’est un remake du schéma classique culpabilité-rachat-rédemption tristement célèbre, dans lequel sont inclus les proches et les ancêtres.

Ensuite, comme toute pseudo-médecine, ce système – s’il ne semble pas nuisible à première vue, sinon pour le portefeuille – est pernicieux de par la perte de temps que sa mise en application entraîne. Le malade qui, comme cela arrive souvent, va consulter d’emblée un pseudo-thérapeute, peut ainsi retarder l’établissement d’un diagnostic grave et le traitement qui en découle… ou ne jamais les connaître. Et pourtant, dans certains cas, quelques mois, quelques semaines même, peuvent être déterminants pour la survie.

En outre, certains BT demandent l’abandon pur et simple des éventuels traitements médicaux en cours, mettant ainsi la santé et parfois la vie des malades directement en péril. Cependant, cette pratique semble avoir été le fait des premiers BT – les fondateurs ! – mais les diverses interdictions, inculpations et condamnations – y compris des peines d’emprisonnement – prononcées à leur égard poussent désormais leurs disciples à davantage de prudence.

Puisse cette prudence devenir épidémique et contaminer sans rémission les victimes des charlatans de tout poil !

mardi 15 janvier 2008

de battre mon coeur ne s'arrêtera pas...

Pour la première fois, un cœur de rat qui parvient à fonctionner a été fabriqué à partir de cellules cardiaques néonatales.


L'exploi...
Des chercheurs ont réussi à créer en laboratoire un coeur battant de rat, à partir d'un organe d'un animal mort et de cellules cardiaques néonatales de rat, ouvrant la voie à de possibles avancées dans le domaine de la transplantation.
Actuellement, 3.000 patients sont en attente d'une transplantation cardiaque aux Etats-Unis et 22 millions de personnes à travers le monde vivent avec une insuffisance cardiaque.

"L'idée serait de développer des vaisseaux sanguins ou des organes transplantables et fabriqués à partir des propres cellules d'un individu", explique Doris Taylor (Université du Minnesota, Minneapolis, Etats-Unis), une des responsables de ces travaux.

Cette perspective pourrait apporter un élément de réponse au problème crucial de la pénurie d'organes, expliquent les chercheurs.
S'il était mis au point chez l'homme, le "coeur bioartificiel" pourrait augmenter le nombre de coeurs disponibles pour une transplantation en allongeant la durée d'utilisation de l'organe après le décès du donneur (aujourd'hui de 4 heures au maximum).

Les travaux des chercheurs de l'Université du Minnesota ont pour le moment porté sur des rats et des cochons. Ils ont réussi à obtenir, en laboratoire (pas chez un animal vivant) un coeur battant de rat, en utilisant le coeur d'un animal mort comme "structure".
Pour ce faire, ils ont éliminé la totalité des cellules de cet organe, grâce au procédé dit de "décellularisation", ne laissant que "la matrice extracellulaire", l'échafaudage sur lequel reposent les cellules. Ils ont ensuite injecté dans cette matrice des "cellules progénitrices" issues de coeurs de rats nouveaux-nés et ont placé cette structure dans une préparation stérile.
Quatre jours après, des contractions étaient observées et huit jours après, le coeur avait une fonction de pompe équivalant à environ 2% de la fonction d'un coeur adulte. Des résultats prometteurs, selon les chercheurs, pour une expérience de faisabilité du principe et qui doivent maintenant être améliorés.

"Quand nous avons vu les premières contractions, nous sommes restés sans voix", a commenté Harald C. Ott.

"C'est un des deux grands moments de ma vie, a confié à l'AFP Doris Taylor.

L'espoir...
...La prochaine étape...

Les chercheurs veulent maintenant optimiser leurs travaux, avec l'objectif de transplanter ces coeurs bioartificiels afin d'explorer leur fonctionnalité "in vivo".
Ils ont bon espoir que cette avancée pourra avoir des développements dans la chirurgie de transplantation, pour le coeur, mais aussi d'autres organes.
Si l'exploit se réalise chez l'humain, le coeur bioartificiel augmenterait le nombre d'organes disponibles pour la transplantation en allongeant la durée d'utilisation de l'organe après le décès du donneur (actuellement de 4 heures).
L'équipe de recherche veut maintenant analyser la fonctionnalité in vivo de ces coeurs bioartificiels. Elle espère à terme transposer ses travaux chez l'humain et même adapter la technique sur d'autres organes. Les chercheurs pensent que les coeurs bioartificiels créés à partir des cellules du receveur courront moins de risques de rejet.
Une fois en place, le coeur devrait, en théorie, être nourri, régulé et régénéré de la même façon que l'organe d'origine.


Une application encore lointaine...
Cette même équipe a également testé avec succès la technique visant à éliminer toutes les cellules du muscle cardiaque sur des cœurs de porc. Elle a expérimenté ce procédé sur différents organes, comme les poumons, le foie, le rein et les muscles.

Cette équipe veut maintenant transplanter ces cœurs bioartificiels sur des animaux vivants afin d'explorer leur fonctionnalité in vivo. "L'idée se­rait de développer des vaisseaux sanguins ou des organes transplantables et fabriqués à partir des propres cellules d'un individu", ex­plique Doris Taylor. Une telle perspective pourra peut-être apporter un jour un élément de réponse au problème crucial de la pénurie d'organes. En France, 700 personnes sont en permanence en attente d'une greffe de cœur.

Il faut cependant reconnaître que cette perspective est encore très lointaine. "Ce travail, c'est de la très belle expérimentation réalisée par une équipe de grande qualité, soutient le professeur Philippe Menasché (hôpital Georges-Pompidou, Paris). Mais, soyons clair : les applications cliniques sont très loin. Un cœur, ce n'est pas que du muscle cardiaque, c'est aussi des artères coronaires, des nerfs, de vaisseaux lymphatiques, du tissu conjonctif, c'est très compliqué.
Il s'agit de recherche magnifique, mais de là à envisager un cœur bioartificiel, c'est de l'utopiecomplète.»